Le Franc CFA, et après ?

De gauche à droite, réunion des ministres de la zone Franc du 28 mars 2019, marché en Côte d’Ivoire, Billets de Francs CFA, Manifestation anti-CFA. 

Cette unité monétaire créée après les indépendances africaines suscite nombre de débats. Que l’on soit pour ou contre ce système, l’économie de la zone CFA(1) existe depuis plus de 70 ans. Cette longévité donne le premier indice, son existence est nécessaire. Pas moins de quatorze pays utilisent cette monnaie. Il est certain que la France possède des intérêts, mais ce n’est pas la seule raison qui explique le maintien de ce dispositif.


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La France et l’Afrique, un lien intime

A la veille des indépendances, les pays de l’ancien territoire colonial font partie de la Communauté Française (1958-1960). Cet ensemble doit donner une plus grande latitude et permettre aux nations africaines d’être l’égales de la France. Le plan de sauvetage ne peut ôter les différences économiques et structurelles entre Paris et les colonies.  Après le déclenchement des guerres d’Indochine et d’Algérie, l’Elysée souhaite des indépendances guidées dans la paix, tout en conservant une influence sur cet immense territoire. L’ancien colonisateur ne veut pas partir et laisser des pays en proie à l’instabilité ou sous des influences ennemies. L’économie, l’éducation et l’armée deviennent les outils indispensables pour l’ouverture d’une nouvelle page de l’histoire franco-africaine. La grande muette est utilisée pour la formation des armées nationales et pour garantir la paix. L’instruction permet l’émergence de nouvelles élites, proches de la France. Les pays africains nouvellement nés ne possèdent aucune infrastructure et une économie embryonnaire. A cette fin est crée le Franc CFA, il permet de protéger ces Etats de l’inflation et d’offensives économiques extérieures, tout en gardant la main.

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Le président camerounais Ahmadou Ahidjo, Jacques Foccart l’homme de la Françafrique et le Président Charles de Gaulle. – AFP –

Des Etats jeunes

Il faut des siècles pour former une structure étatique solide et bâtir une histoire commune. Ces indépendances guidées et la forte présence française permettent de maintenir un statu quo, et la constitution en douceur d’une identité nationale. Paris considère cette zone comme son pré-carré et lui permet d’avoir toujours du poids au sein des institutions internationales. Le Franc CFA s’avère être un outil utile pour la constitution d’économies stables et la création d’un climat d’affaire. La relation entre Jacques Foccart(2) et les dirigeants africains l’atteste. On peut parler de néocolonialisme, mais si l’ancien colonisateur était parti du jour au lendemain, que se serait-il passé ? Il y a fort à parier que des situations analogues aux anciennes colonies anglaises auraient éclaté(3).

De nos jours

L’avancement des Etats africains hormis la Côte d’Ivoire s’avère insatisfaisant. Les mentalités ont peu évolués, l’économie manque de bases solides et les rancunes entre les différentes ethnies réapparaissent au moindre signe d’instabilité. Un départ de la France ne serait pas seulement préjudiciable pour elle, mais pour ces pays qui profitent de sa protection. La persistance du Franc CFA permet de garantir la stabilité et de rester proche de ces pays avec qui des liens anciens se sont noués(4). Un départ mettrait ces nations à la merci des spéculateurs, qui pourraient racheter les biens nationaux et les vendre au plus offrant. La présence de nouveaux acteurs comme la Chine et la Russie aux méthodes agressives ouvrirait une période d’instabilité. Les prêts accordés par Pékin apparaissent de plus en plus comme une mise en tutelle économique et politique des souscripteurs(5).

Sommet Bamako 2017

Réunion entre la France et trente-cinq chefs d’Etats Africains – Reuters –

Et Demain ?

Il est facile de critiquer ce système, mais sans lui l’Afrique francophone n’aurait pas le visage actuel. Un départ de la France si elle est suivie de l’installation d’une autre puissance n’a que peu d’intérêt. La zone CFA fermera lorsque ces pays auront acquis la capacité de résister et de lutter face à toutes formes de corruptions ; lorsqu’ils seront autonomes. La France apparaîtra dès lors comme un partenaire de confiance, qui a assumé ses responsabilités jusqu’au bout. Loin de s’étioler, l’influence de Paris montera en puissance et ce grâce à l’explosion du nombre de locuteurs du français. La présence militaire, diplomatique et économique a  évolué d’un rapport dominant-dominé à un partenariat égalitaire et porteur de stabilité. Paris n’intervient pas sans l’aval des gouvernements. Interlocuteur privilégié de la région, l’Hexagone permettra à l’avenir de rapprocher le continent africain de l’Union Européenne. Le Franc CFA deviendrait dès lors un Hub pour les échanges entre ces deux ensembles.

 

(1) Pour plus d’informations sur la zone CFA :

https://www.banque-france.fr/economie/relations-internationales/zone-franc-et-financement-du-developpement/presentation-de-la-zone-franc

(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/10/22/jacques-foccart-et-ses-reseaux-au-crible-des-archives_5372647_3232.html

(3) Les colonies anglaises d’Afrique ont toutes connues de grandes périodes d’instabilités, voir de guerres civiles. Les plus notables sont les guerres du Biafra au Nigéria et la guerre civile soudanaise.

(4) Les liens diplomatiques, économiques et historiques entre la France et l’Afrique francophone donnent à Paris une plus grande résonnance internationale. Cet ensemble dans un proche avenir trouvera sa finalité face aux nouveaux géants que sont la Chine et l’Inde.

(5) La Chine se pose en alternative face aux anciens colonisateurs, elle fait valoir la fiabilité et l’absence d’arrières pensées derrière ses prêts. Il apparaît que la protection chinoise est équivalente, voir pire que celle de ces prédécesseurs. Les prêts sont accordés sans prérequis, exposants les pays concernés à une explosion de leur dette et donc à une possible hypothèque de leurs économies. Les projets chinois emploient de la main d’œuvre chinoise, ce qui ne redistribue pas l’investissement directement en Afrique. L’Ouganda fait face à nombre de problèmes inhérents à cette générosité. ( https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/01/04/en-ouganda-la-colere-des-petits-marchands-face-a-l-invasion-des-chinois_5405061_3212.html )

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