La Chine, hyperpuissance ou mirage?

Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera” d’Alain Peyrefitte sonne comme une vérité, mais jusqu’à quel point ?

Rassemblement de l'armée populaire de Chine, non daté.

Rassemblement de l’armée populaire de Chine, non daté.

La puissance chinoise domine toute la région asiatique et se diffuse mondialement, pourtant de nombreux problèmes structurels et sociaux émergent à mesure de sa modernisation. Pour alimenter sa croissance et par conséquent sa production manufacturière, la Chine utilise en grande partie les centrales à charbon, sa part dans la consommation mondiale dépasse les 50%. Cette énergie bon marché et à forte valeur énergétique est à l’inverse l’une des plus néfastes pour l’environnement. Elle fournit pourtant plus de 60% de l’électricité nationale, et les palliatifs ne risquent d’être prêts que d’ici une dizaine d’années (voir rapport du gouvernement français de février 2014). Le recours excessif de cette énergie fossile apparaît comme un des symptômes de la faiblesse chinoise, impréparé à la forte demande de son industrie. Pas moins d’un million de citoyens meurent chaque année de maladies pulmonaires, c’est autant de main d’œuvre, et de cerveau en moins (voir article du monde 18.12.2012). Le parc automobile, aussi bien domestique, qu’industriel accentue ce phénomène, pourtant ce secteur n’en est qu’à ses balbutiements. La qualité de l’air s’avère n’être qu’un des problèmes environnementaux parmi d’autres, l’eau et la terre sont aussi frappées par le déversement sauvage de divers produits (l’affaire des 15 000 porcs dans le fleuve jouxtant Shanghai illustre ce laisser aller).

Agents d’entretiens, nettoyant le Huangpu, 10 Mars 2013.

Agents d’entretiens, nettoyant le Huangpu, 10 Mars 2013.

Tout cela paraît réversible, mais il faut tenir compte du vieillissement de la population dû en partie à la politique de l’enfant unique. Pas moins de 400 millions de naissances n’ont pas eu lieu avec cet encadrement. Le gouvernement au travers de cette mesure démontre sa volonté de conserver le contrôle des masses. La structure familiale s’est adaptée au manque d’enfants en favorisant la naissance d’hommes, symbole de productivité et de vigueur dans le modèle social chinois. Il s’en est suivi une faible représentation de la gente féminine, dont les familles profitent de cette pénurie pour demander une grande dot. Pour se marier, il faut en avoir les moyens. L’équilibre entre les naissances et les décès n’est pas d’actualité. Le prix de la stabilité passe par une forte croissance, cela se manifeste par l’inaction du parti communiste à légiférer aussi bien pour la protection de l’environnement que des travailleurs. Le boom économique est la base de la paix sociale après des décennies de sacrifices, il ne faudrait point l’entraver. La démographie permit la monstrueuse ascension de l’Empire du milieu avec des indices économiques exceptionnels pendant plus de vingt ans (voir les relevés de la Banque Mondiale). Une révolte semble peu probable en cas de ralentissement. Le parti communiste est passé maître dans l’art de la gestion de crise interne, comme nous l’avons vu à Hong Kong en décembre 2014. La Chine s’affirme comme une puissance dont il faut tenir compte, mais comme la Russie en son temps, elle est un géant aux pieds d’argile.

Enfant chinois, non daté.

Enfant chinois, non daté.

Cette stabilité si chère à Pékin guide les relations avec l’extérieur, la sophistication de son appareil militaire en est une des manifestations. Pour faciliter et garantir l’acheminement de ressources de premiers ordres, comme la nourriture, le pétrole etc. La stratégie dite du “collier de perle” démontre la volonté de sécuriser ces “routes”, elle consiste à paver le chemin d’approvisionnements d’alliés ou d’avant postes militaires. L’entente avec le régime birman va en ce sens, avec la construction d’un oléoduc reliant les deux pays afin de diminuer l’importance du détroit de Malacca. Ce déploiement d’efforts ne se fait pas sans heurt. Les conflits avec les voisins se multiplient, comme l’illustre la dispute concernant un groupe d’îles riches en ressources naturelles, appelé Senkaku par les japonais ou Diaoyu par les chinois. A court terme, voire à moyen terme, la Chine fait un pari gagnant. Il n’y a aucune nation dans la région capable de rivaliser avec une puissance si écrasante. Sur le long terme, la problématique s’avère bien différente.

Conflit autour de la possession de ces Îles du Pacifique entre la Chine, le Japon et Taiwan

Conflit autour de la possession de ces Îles du Pacifique entre la Chine, le Japon et Taiwan

Notre raisonnement n’exploite aucune hypothèse, mais des faits qui seront un fardeau bien lourd à porter. Les tensions dans la région iront en augmentant avec l’accroissement de la population et la raréfaction des ressources. Le Japon ne souhaite en aucun cas courber l’échine, tout comme le Vietnam et la Russie, mais ces derniers ne pourront pas s’engager dans une lutte économique ou diplomatique. Le leadership d’une alliance contre le grand pays asiatique pourrait revenir à l’Inde, qui bien qu’ayant de nombreux problèmes structurels possède une forte croissance démographique et une politique de modernisation en plein essor. Sans omettre que le contentieux indo-chinois de 1962 dans la région himalayenne n’a jamais été résolu. Oui, la chine s’impose, tout comme Pyrrhus en son temps, mais ce dernier a-t-il eu le dernier mot ?

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s